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Alcool et violence

Alcool et violence : une affaire d’individus, de circonstances et de culture



PARIS - Compagnon de route de l’alcoolisme, la violence est modulée par la personnalité des individus, le contexte, mais aussi les représentations sociales liées à l’alcool, selon des travaux présentés jeudi à Paris lors d’une rencontre-débat réunissant chercheurs et associations.

Une enquête de la Direction générale de la santé (Violence Alcool Multi Méthode, VAMM) a montré en 2006 que 40% des sujets ayant participé à une bagarre dans un lieu public avaient consommé de l’alcool dans les deux heures qui précédaient. Même constat pour 35% des auteurs d’agression dans la famille et 32% des destructions intentionnelles.

Une étude internationale portant sur plus de 9.300 criminels a par ailleurs révélé que 62% des délinquants violents avaient bu au moment des faits.

Pour autant, la relation entre alcool et violence n’est pas aussi simple que cela pourrait paraître, relève Bertrand Nalpas, médecin alcoologue, directeur de recherche à l’Inserm.

Observer un lien entre violence et consommation d’alcool dans des enquêtes en population ne permet pas de savoir si l’alcool est la cause de la violence ou simplement un marqueur de difficultés psychologiques ou sociales, comme l’est aussi la violence, explique de son côté Laurent Bègue.

Ce professeur de psychologie sociale à l’université de Grenoble étudie ainsi le lien alcool-violence à travers des expériences menées en laboratoire.

De ses travaux, il ressort que l’alcool rend violent, certes, mais dans certaines circonstances.

Certains types de personnalités, par exemple des individus chroniquement agressifs, réagissent plus négativement que d’autres à l’alcool. Et l’alcool favorise effectivement la violence, mais à condition que le contexte la sollicite, par une provocation, une bousculade, etc. Sauf bien sûr si l’on boit pour être violent, comme ça peut être le cas dans le hooliganisme.

Myopie alcoolique

Le Pr Bègue explique que l’alcool rend violent parce qu’il perturbe certaines fonctions cognitives.

L’alcool affecte la capacité de traitement de l’information par ce qu’on appelle la +myopie alcoolique+, c’est-à-dire que l’individu va être focalisé sur les informations les plus saillantes de la situation, au détriment des informations inhibitives, comme les conséquences de l’acte, indique-t-il.

Ses expériences ont également permis de mettre en évidence un effet extra-pharmacologique de l’alcool : la consommation d’une boisson supposée alcoolisée (mais en réalité sans alcool) peut suffire à rendre plus agressif.

Il y a une sorte d’association sémantique entre alcool et violence, explique le Pr Bègue, rappelant notamment que la mise en scène de l’alcool dans les fictions est souvent violente.

Son équipe finalise actuellement un programme d’étude sur l’effet d’un apport en vitamines et acides gras essentiels sur les comportements agressifs, l’alcoolisme chronique ayant un effet de dégradation sur les nutriments.

Outre les violences infligées aux autres ou subies de la part des autres, les associations veulent souligner pour leur part que le fait de boire est une première violence faite à soi-même : violence à son corps, à son identité, à son image, indique le mouvement Vie Libre.

Six mouvements dentraide aux personnes en difficulté avec lalcool (Alcool-Assistance, Alcooliques Anonymes, Amis de la Santé, Croix Bleue, Joie et Santé, Vie Libre) ont participé à l’organisation de la rencontre Alcool et recherche avec la Mission Alcool Addiction de lInstitut Santé publique (Aviesan) et la Mission Inserm Associations.


http://www.romandie.com/news/n/_Alcool_et_violence__une_affaire_d_individus_de_circonstances_et_de_culture151220111512.asp