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Baclofen : traitement miracle ou placebo ?


C’est probablement l’essai clinique le plus attendu en alcoologie depuis le projet MATCH. 
Le deuxième essai randomisé contrôlé du baclofen comme traitement de la dépendance à l’alcool vient d’être publié 
dans la revu ACER.
Pour ceux qui auraient échappé aux nombreux échanges éditoriaux, parfois houleux, entre « partisans de la prescription » 
et « partisans de la prudence », le baclofen est un traitement utilisé depuis plus de 20 ans pour traiter différentes affections
neurologiques, notamment pour son action anti‐spastique. 
Quelques travaux ont par la suite suggéré son intérêt dans le traitement de l’alcoolo‐dépendance, mais ce n’est qu’en 2007, 
avec la publication d’un essai clinique contrôlé dans le Lancet par l’équipe d’Addolorato, que l’intérêt pour cette molécule 
s’est considérablement accru. 
Dans ce premier essai clinique, 84 patients alcoolo‐dépendants ont été randomisés ; 42 participants ont été traités par baclofen, 
les autres par placebo. 
Le pourcentage de participants abstinents était significativement différent entre les deux groupes, avec 71% d’abstinence 
dans le groupe baclofen contre 29% seulement dans le groupe placebo. 
Cette étude suggérait donc non seulement un effet du baclofen à la dose de 30mg par jour, mais surtout, mettait en évidence 
un effet majeur.
Depuis, et en se basant sur cette unique étude, de nombreux praticiens prescrivent du baclofen à leurs patients alcoolo‐dépendants.
 La position de la société française d’alcoologie est plus mesurée : elle propose d’attendre de nouvelles publications confirmant 
ou non cet effet. C’est chose faite.
James Garbutt et son équipe ont évalué l’impact d’un traitement par baclofen chez 80 participants dans un nouvel 
essai randomis et contrôlé.
La moitié des sujets a été traitée par baclofen à la dose de 30 mg par jour (identique à celle utilisée par Addolorato et al.), 
l’autre moitié traitée par placebo. Tous les participants ont bénéficié d’une intervention psychosociale standardisée, 
mais de faible intensité.
Aucune différence significative n’a été mise en évidence entre les deux groupes en termes de durée d’abstinence 
ou de nombre de jours de grande consommation d’alcool.
La seule différence observée mettait en avant une diminution de l’anxiété dans le groupe traité par baclofen.

Quelques limites sont à souligner. Premièrement, la dose de 30 mg est considérée comme une dose faible par les
« partisans de la prescription » en France, ce qui pourrait expliquer l’absence d’efficacité. 
Toutefois, cette dose est identique à celle utilisée dans l’essai clinique d’Addolorato. 
Il est donc tout à fait licite, et même recommandé, de tenter de répliquer les résultats en utilisant un dosage similaire.
Deuxièmement, l’analyse statistique est difficile à comprendre. Les auteurs ont en effet tenu compte du sexe des participants 
dans leur randomisation puis dans leur analyse, ce qui a probablement écrasé la puissance de leur analyse. 
Ce choix méthodologique est tout à fait discutable.
Finalement, la modalité de recrutement des patients permet peut‐être d’expliquer en partie le résultat.
L’étude d’Addolorato reposait sur des patients alcoolo‐dépendants ayant développé une cirrhose, et donc une population ayant 
une forme particulièrement sévère de dépendance. A contrario, le travail de Garbutt repose sur des participants dépendants
recrutés par voie de presse, et donc sur une population à la dépendance classiquement moins sévère que la population clinique.
Malgré ces limites, l’absence de réplication est une limite majeure à la prescription de baclofen chez un patient 
alcoolo‐dépendant aujourd’hui. 
Si celle‐ci reste bien sûr un choix possible du praticien et de son patient, elle devrait se faire dans un cadre strict, 
encadré par des spécialistes en addictologie, et après une concertation pluridisciplinaire, idéalement dans le cadre d’un essai clinique.
L’absence de donnée forte dans la littérature, et notamment l’absence de réplication dans l’étude de Garbutt, 
ainsi que l’absence d’autorisation de mise sur le marché (AMM) 
dans cette indication rendent hautement hasardeuse toute prescription qui serait effectuée hors d’un tel cadre.


Base de connaissances Inserm sur l’Alcool et l’addiction – Les nouvelles – août 2010
http ://www.alcool.inserm.fr - bdcalcool@inserm.fr

Garbutt JCKampov‐Polevoy ABGallop R, Kalka‐Juhl L, Flannery BAEfficacy and Safety of Baclofen for Alcohol Dependence :
 A RandomizedDouble‐BlindPlacebo‐Controlled TrialAlcohol Clin Exp Res. 2010 Jul 21.