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Des traitements personnalisés contre l’alcoolisme

Sandrine Cabut15/09/2010 Le FIGARO

n France, la consommation d’alcool diminue, mais reste importante avec 5 millions de buveurs excessifs. Crédits photo : Le Figaro

L’efficacité des médicaments destinés à faciliter l’abstinence varie selon le profil génétique et clinique du patient. 

De nouveaux médicaments, mais surtout des traitements plus ciblés, en fonction du profil génétique ou clinique des patients. Comme d’autres domaines de la médecine, et notamment la cancérologie, la recherche thérapeutique en alcoologie est entrée dans une nouvelle ère, selon les spécialistes réunis du 13 au 16 septembre à Paris, au congrès mondial de l’Isbra (International Society for Biomedical Research on Alcoholism).

La dépendance à l’alcool est l’addiction la plus répandue dans le monde, et celle qui fait le plus de dégâts sur la santé physique et mentale. En France, la consommation d’alcool est en diminution , mais reste importante. Le nombre de buveurs excessifs est estimé à 5 millions, celui des alcoolodépendants à 2 millions.

« Nous savons de mieux en mieux repérer des types cliniques de dépendance, et les relier à des particularités génétiques, pour adapter les traitements » annonce le Pr Michel Reynaud, psychiatre (Paris) et organisateur du congrès. Actuellement, seulement quelques molécules ont une autorisation de mise sur le marché. L’acamprosate (Aotal) et la naltrexone (Revia), qui refrènent l’envie de boire, sont une aide au maintien de l’abstinence. Le disulfirame (Espéral) agit en provoquant des troubles pénibles (bouffées de chaleur, vomissements…) en cas de prise concomitante d’alcool. Leurs résultats sont indéniables mais globalement modestes. « En moyenne, au bout d’un an, la naltrexone et l’acamprosate aident 30 % des gens, ce qui veut dire 70 % d’échec. Mais nous savons désormais que le taux de répondeurs est beaucoup plus élevé dans certains groupes », explique le Pr Karl Mann (addictologue en Allemagne). Ainsi, le pourcentage de réponse à la naltrexone s’élève à 50 % chez les patients porteurs d’un gène particulier. Une autre particularité génétique influence la réponse à l’acamprosate.

Pour l’instant, cette approche de pharmacogénétique n’est qu’au stade de recherche, insiste le Pr Michel Lejoyeux, psychiatre (Paris) et président de la Société française d’alcoologie. Idem pour les examens d’imagerie, et notamment d’IRM, une approche également prometteuse pour prédire l’efficacité d’ un médicament ou un risque de rechute.

Mais la réponse au traitement pourrait aussi être évaluée plus simplement, sur des critères cliniques. Le Pr Mann a ainsi mis au point un questionnaire d’une quinzaine d’items pour les patients en rechute. Ceux qui retombent dans l’alcool dans un contexte festif répondraient mieux à la naltrexone que ceux qui reboivent dans un cadre dépressif, explique ce spécialiste allemand, qui doit présenter son test jeudi.

Parallèlement, de nouvelles molécules sont à l’étude. Parmi les plus avancées, le nalmefene, qui fait l’objet d’un essai clinique en France. « Ce produit agit sur les récepteurs opioïdes comme la naltrexone. Mais ici l’objectif est différent, ce n’est pas l’abstinence mais le retour à une consommation contrôlée », précise le Pr Lejoyeux. Les résultats définitifs sont attendus en 2011. Pour les malades comme pour les chercheurs en alcoologie, ce concept de « consommation contrôlée » est récent. Jusqu’ici, l’abstinence était l’unique objectif. « La consommation contrôlée est une piste passionnante de recherche, mais il faut rester prudent en ce qui concerne la pratique quotidienne », précise encore le Pr Lejoyeux.

Des molécules plus anciennes, mais prescrites dans d’autres maladies, comme le baclofène (myorelaxant) ou le topiramate (antiépileptique), sont aussi en cours d’évaluation. Mais quelle que soit leur efficacité, les médicaments ne font pas tout. Une molécule, c’est 30 % de la prise en charge, estiment les psychiatres. L’accompagnement social et psychothérapique des malades reste l’élément essentiel.


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