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L’alcool dans l’entreprise préoccupe mais reste tabou

Si la consommation d’alcool sur lieu de travail reste une préoccupation majeure pour les dirigeants, la problématique relève encore du tabou, d’autant qu’elle peut cacher des dysfonctionnements de l’organisation du travail.

Pour 62% des DRH, le "risque alcool" reste un souci majeur, c’est ce que révélait il y a encore peu de temps un sondage réalisé par l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) et l’association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), auprès de 800 DRH et dirigeants. Malgré cette préoccupation, peu, en revanche, ont entamé des actions. Si l’on se réfère à un autre sondage de l’Ifop réalisé en 2008 pour PSRE, une association sur le risque routier, 58% des dirigeants n’ont pris aucune mesure particulière concernant les pots en entreprise (90% des salariés participent à des pots sur le lieu de travail, qui, à 70%, sont alcoolisés). Et 91% des dirigeants n’envisagent pas d’interdire ces pots proposant de l’alcool. Or en pareil cas, la responsabilité de l’employeur peut être engagée, lorsque par exemple, un accident routier se produit entre l’entreprise et le domicile du salarié en état d’ébriété. D’une façon générale, les risques liés à la consommation d’alcool au travail ne sont pas négligeables : erreurs, absentéisme, congés maladie, accidents du travail etc.

La responsabilité de l’employeur en jeu

Le Code du Travail et la jurisprudence sont pourtant de plus en plus contraignants. Et la hiérarchie, plus fréquemment mise en cause suite à un accident mortel. La responsabilité sociale de l’entreprise devient aussi déterminante : « Sans devenir un hôpital ou un centre social, on attend d’elle qu’elle puisse prendre en compte la vulnérabilité psychosociale des salariés qui ont développé avec l’alcool une conduite addictive, et qu’elle leur permette de garder leur place dans la communauté de travail, tout en respectant les règles, les exigences de la production et de qualité du travail », observe Jean-Francois Vallette, responsable de l’association Aide Alcool.

Pour prévenir les risques, l’engagement d’une politique efficace doit être impulsé au niveau du top management. La démarche préconisée peut se faire en trois temps, via un « groupe ressource » : la prévention, le management (par exemple comment agir en cas de transgression des règles), l’aide et l’accompagnement des salariés. La démarche peut démarrer par une simple sensibilisation. Comme dans cet hôpital, situé près de Douai (Nord), où Bernard Ducrocq, responsable local de l’association « Vie Libre », assure des interventions pour le personnel infirmier. Une journée de formation est aussi un bon outil. « Ce type d’action doit se faire sur la base du volontariat car les salariés ne doivent pas se sentir stigmatisés et avoir le sentiment que la direction engage une politique répressive », précise néanmoins Jean-Luc Hulin, responsable du groupe de prévention alcool de JSPM, une filiale d’Areva, basée à Jeumont (Nord).

Pour briser les tabous sans bourse délier, les dirigeants peuvent aussi se procurer le DVD « la gestion du risque alcool en entreprise », réalisé par « Entreprise et prévention » et les grands producteurs d’alcool. D’autres groupes ont été plus loin. A la SNCF, la lutte contre le risque alcool n’est pas nouvelle, et compte un dispositif complet basé sur l’accompagnement, la prévention et les soins. Même préoccupation à la Communauté Urbaine de Lyon où des principes d’action sont clairement mentionnés dans le règlement intérieur. Depuis une quinzaine d’années, Exxon Mobil a aussi engagé une politique de prévention de l’addiction à l’alcool et aux stupéfiants, sur les postes de sécurité. Au sein de JSPM, une charte définit notamment les méthodes de gestion de crise pour un manager, au cas où l’un de ses collaborateurs se trouverait en état d’ébriété. Ce qui s’est récemment produit. « Il s’agit alors d’appliquer la procédure : retrait de la personne de son poste, entretien avec la hiérarchie le lendemain, solutions d’accompagnement, le cas échéant  », explique le responsable du groupe, Jean-Luc Hulin, un salarié lui-même ancien alcoolique. C’est cependant quand les postes de sécurité sont en jeu dans l’entreprise qu’elles se montrent les plus actives.

L’alcool peut cacher des dysfonctionnements du collectif

Mettre en place une politique alcool suppose de veiller à l’éthique. C’est bien souvent lors d’une crise que la question se pose : « En pareille situation, les collectifs de travail passent d’un positionnement bienveillant vis-à-vis de l’alcool à une répression ponctuelle contre « l’alcoolique », vite désigné comme responsable des dysfonctionnements » explique Jean-François Vallette, à Aide Alcool. Or, entre les deux, il existe une réalité complexe et paradoxale. » Parfois, la consommation d’alcool n’est que la face émergée de l’iceberg, dissimulant une souffrance. « L’alcoolémie, même faible, peut être une façon de résister au bruit, à la chaleur, à la surcharge de travail, à l’ennui, aux incohérences du management, à la confrontation face à des situations humaines difficiles ou à l’inquiétude face à la précarisation du travail », constate Jean-François Vallette. Dans la réflexion du collectif en vue de formaliser une politique alcool, il ne faudrait donc pas se voiler la face sur ces possibles dysfonctionnements.

Marie-José Gava
Mis en ligne le : 18/08/2010
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