Accueil > Alcool actualité > Plus d’alcool à emporter à Lyon après 22h : à quoi ça sert vraiment (...)

Plus d’alcool à emporter à Lyon après 22h : à quoi ça sert vraiment ?

Associations de lutte contre l’alcoolisme ( la Croix Bleue)  et policiers réagissent.
Par Céline Rastello

Des bouteilles de bières vides après un apéro géant dans le centre-ville de Rennes (photo d'illustration) (AFP)
Des bouteilles de bières vides après un apéro géant dans le centre-ville de Rennes (photo d’illustration) (AFP)

A partir de ce soir et jusqu’au 10 septembre, il devrait être plus compliqué d’acheter de l’alcool à emporter à Lyon entre 22h et 6h du matin. L’adjoint au maire Jean-Louis Touraine, délégué, entre autres, à la "tranquillité" et la "sécurité", a signé vendredi dernier un arrêté interdisant la vente d’alcool à emporter "sur l’ensemble du territoire lyonnais", soit toute la ville.

Dans un communiqué, la mairie explique que l’objectif premier de cet arrêté "nécessaire en termes de santé publique" est de "lutter contre le phénomène récent d’alcoolisation, massive et brutale, remarquable notamment en période estivale sur l’espace public." Des excès, toujours selon la mairie, qui "s’installent chaque année plus fortement dans les habitudes de consommation des noctambules". Lesquels ? "Particulièrement (les) plus jeunes."

"Plus un effet d’annonce qu’autre chose"

S’il reconnaît "voir de plus en plus de jeunes qui ont entre 23 et 27 ans et déjà 10 ans d’alcool dur", Jean-Philippe Anris, un des responsables de l’association de lutte contre l’alcoolisme la Croix Bleue, ne cache pas son scepticisme : "Avec tous les moyens de commercialisation aujourd’hui à disposition, notamment les achats en ligne, il est aujourd’hui très facile de se procurer de l’alcool." Pour lui, c’est "plus un effet d’annonce qu’autre chose, davantage un acte politique que préventif." 

A l’ANPA (association nationale de prévention en alcoologie et addictologie), un chargé de mission le rejoint : "encore une mesure parmi tant d’autres" confie-t-il, tout en y trouvant un possible avantage : "ça peut peut-être, à la longue, générer une acceptation d’une certaine prudence par rapport au comportement sur la voie publique." Le chargé de mission rappelle ensuite la fréquence des incidents liés à une alcoolisation excessive sur la voie publique et le fait "qu’une personne alcoolisée n’a pas la même conscience du danger." Si, à l’instar de son collègue de la Croix Bleue, il "ne peut être contre", Jean-Philippe Anris pense que l’arrêté peut être plus efficace en tant que un moyen de lutter contre les nuisances sur la voie publique : "le bruit et les déchets."

"Dégradations, violences, bruits, bris de verre,...

La mairie de Lyon, qui met en avant la lutte contre l’addiction des plus jeunes, admet que cet arrêt vise aussi la réduction des nuisances susceptibles d’accompagner une consommation d’alcool sur la voie publique : "dégradations, violences, bruits, bris de verre..." Un argument bien différent de celui de la prévention, que Jean-Philippe Anris connaît bien. Aux côtés d’autres associations de lutte contre l’alcoolisme, il presse les pouvoirs publics d’imposer "un message sanitaire clair sur toutes les bouteilles d’alcool." Et fait le parallèle avec le tabac : "il y a deux poids deux mesures. Pour le tabac, le message sanitaire est clairement explicite, alors que pour l’alcool il faut juste boire avec modération."

En cas de vente d’alcool passé 22 h, les épiceries de quartier et les stations-services lyonnaises, principalement concernées par l’interdiction, risqueront une amende pouvant aller jusqu’à 750 euros en cas de vente d’alcool. Mais encore faut-il, comme le rappelle le délégué du syndicat Alliance police pour la région Rhône-Alpes Jean-Paul Borrelly, que "cet arrêté soit mis en œuvre et que son application soit respectée."

Ça "n’empêchera pas de faire ses provisions avant"

Interrogé lundi 18 juillet par Le Nouvel Observateur, il pense que cet arrêté, qui "n’empêchera personne de faire ses provisions avant", va "plutôt dans le bon sens" : "ça va éviter à celles et ceux qui sont déjà bien alcoolisés à 22 h et qui comptent se réapprovisionner dans la nuit de pouvoir le faire." Il pense notamment aux incidents rencontrés dans les Ier et VIIe arrondissements et "sur les berges" : "vociférations, cris, dégradations, états d’excitation avancée". Autre avantage, selon le policier : permettre à ses collègues de "souffler un peu et d’éviter peut-être certaines interventions pour tapages."

Mais s’il faut que des contrôles aient lieu pour que pour l’arrêté soit efficace, les policiers vont-ils vraiment souffler ? "Vu le nombre d’épiceries et de stations-services à Lyon, les contrôles seront forcément ponctuels" admet Jean-Paul Borrelly. Qui va s’en charger ? "C’est à celui qui met en œuvre l’arrêté d’en assurer la mise en application" répond-il aussi, sous-entendant que la mission devrait revenir à la police municipale. Avant d’ajouter : "mais comme elle a peu d’effectifs nuit ..."

"C’est déjà la nuit que les policiers ont le plus de travail"

Comme le rappelle encore Jean-Paul Borrelly, "au-delà des problèmes d’effectifs, la tranche 22h-6h est celle les policiers ont déjà le plus de travail." Ce que confirme son collègue du syndicat SGP Unité Police FO pour la région Rhône-Alpes, Thierry Clair, pointant une phase sensible "entre 18h et 1h du matin, le nombre d’interventions est encore plus important." Celui qui revient à son tour sur les incidents de nuit, notamment "sur les berges", juge cette mesure plus dissuasive que préventive : "ça ne va pas pallier les manques d’effectifs."

Egalement contactée par Le Nouvel Observateur, une employée d’une station-service de Lyon confie ses interrogations quant à l’efficacité de cet arrêté : "les gens vont le savoir et s’organiser en conséquence. Comme d’habitude, ils feront le plein juste à temps, en nombre, 10 minutes avant la fermeture."

Et ailleurs comment ça se passe ?

A Toulouse, un arrêté municipal validé le 24 juin dernier interdit la consommation d’alcool dans le centre et le quartier Saint-Cyprien et impose la fermeture des points de vente d’alcool à emporter à 2h en semaine et 3h le week-end. "Contrairement à ce qui a pu être dit, cet arrêté n’est applicable qu’à partir du 15 août" précise la mairie de Toulouse au Nouvel Observateur. L’arrêté n’a en revanche pas de date limite.

Interrogé à ce sujet par Le Nouvel Observateur, l’adjoint au maire de Toulouse en charge de la police administrative Jean-Paul Makengo explique que la ville a pris ces mesures après "l’échec" de l’interdiction de vente d’alcool à emporter après 22h testée précédemment : "de nombreuses épiceries et snacks ne respectaient pas l’arrêté, ce n’était pas assez dissuasif". Mais les arrêtés se cumulent et, quand les points de vente devront fermer à 2h en semaine et 3h le week-end, il leur sera toujours interdit de vendre de l’alcool à partir de 22h.

A Paris, au total, "une vingtaine de lieux d’une quinzaine d’arrondissements" sont concernés par ce type d’arrêté. Selon la préfecture de police de Paris, ces différents arrêtés "s’adaptent à l’évolution d’un quartier" et servent notamment "à avoir une base juridique solide permettant de cadrer l’action des policiers et de déclencher des sanctions." Comment les lieux sont-ils définis ? "Cela se fait en liaison avec les mairies d’arrondissement et en fonction des remontées des riverains" explique aussi la préfecture de police au Nouvel Observateur.

Le dernier arrêté publié à Paris le 4 juillet interdit la consommation d’alcool sur la voie publique de 21h à 7h ainsi que la vente à emporter de 22h30 à 7h dans certains quartiers des Xe et XIXe arrondissements : place de la Bataille de Stalingrad, avenue de Flandres (entre le quai de la Seine et le boulevard de la Villette), boulevard de la Villette (entre l’avenue de Flandres et l’avenue Jean Jaurès), rue de Crimée entre les quais de la Loire et de la Seine, quai de la Seine, et quai de la Loire. Et ce jusqu’au 31 octobre. 

Céline Rastello - Le Nouvel Observateur

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110718.OBS7239/plus-d-alcool-a-emporter-a-lyon-apres-22h-a-quoi-ca-sert-vraiment.html