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Mortalité attribuable à l’alcool

Base de connaissances Inserm sur l’Alcool – Les nouvelles – avril 2010
http://www.alcool.inserm.fr - bdcalcool@inserm.fr
Edition : Inserm DISC/IST 1/6
Les nouvelles de Avril 2010

Rédaction : Y. LeStrat sous la direction du Dr Bertrand Nalpas (Chargé de mission Alcooladdictions, Inserm Institut de Santé publique)

1 ‐ Mortalité attribuable à l’alcool
Rey G, Boniol M, Jougla E. Estimating the number of alcohol‐attributable deaths :
methodological issues and illustration with French data for 2006. Addiction. 2010 Mar
10. [Epub ahead of print]
Les études portant sur les effets de l’alcool sur la mortalité montrent toutes une relation quasi‐linéaire entre intensité de la consommation et risque de mort prématurée. Si certains travaux suggèrent qu’une courbe en J pourrait mieux représenter ces liens, ils restent discutés, et cet effet protecteur apparent de l’alcool disparait généralement au delà d’un verre par jour.

Une des limites importantes de tous ces travaux est qu’ils se basent généralement sur des chiffres de mortalité attribuable issus de registres nationaux, qui ne tiennent pas compte de nombreuses hypothèses statistiques et médicales permettant de quantifier le lien entre consommation d’alcool et survenue d’une affection, et qu’ils masquent ainsi probablement une disparité importante.

Notamment, l’une des hypothèses évoquée par une équipe lyonnaise est la transferabilité des chiffres de mortalité observés dans des études transversales. Les auteurs donnent l’exemple du lien entre tabac et cancer du poumon : la létalité du cancer du poumon est telle que les chiffres de mortalité attribuable sont identiques dans les études d’incidence ou
de mortalité proprement dite. L’alcool n’est pas dans ce cas de figure, puisque la létalité de la cirrhose est bien inférieure à celle du cancer du poumon. Une autre limite porte sur les modalités d’estimation de la consommation d’alcool, souvent basées sur des auto‐questionnaires, qui tendent ainsi à minimiser les consommations dans certaines populations. Les auteurs proposent ainsi de corriger le chiffre de consommation par les chiffres issus des ventes d’alcool, afin de mieux rendre compte de la quantité d’alcool réellement consommée.

Leur estimation de la fraction de la morbidité attribuable à l’alcool en France pour de nombreuses maladies est ainsi différente en fonction du modèle utilisé. Par exemple, chez l’homme, 26% des cancers de la bouche seraient dus à l’alcool. En utilisant une correction pour le volume de ventes d’alcool en France, c’est plus de 70% de ces cancers qui sont expliqués par la consommation d’alcool ! De même, en considérant les chiffres des registres
nationaux, 7 158 morts par an sont attribuées à l’alcool (4% de la mortalité totale). En utilisant des chiffres corrigés, c’est plus de 20 000 morts par an, et plus de 13% de la mortalité en France qui sont attribuables à l’alcool…De même, les chiffres officiels de mortalité par accident de la route liée à une consommation d’alcool est de 861 décès par an. Le chiffre corrigé est de 3 118 décès.

Les auteurs soulignent que ce dernier chiffre est peut‐être surestimé, la consommation d’alcool avant de prendre le volant et le comportement sur la route en général sont en Base de connaissances Inserm sur l’Alcool – Les nouvelles – avril 2010
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effet largement sensibles à des facteurs culturels et nationaux importants, et susceptibles d’entrer en jeu ou d’être modifiés avec le temps (et avec les lois !).


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