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Outox : « Un sentiment de fausse sécurité »

MARNE. Le docteur châlonnais Alain Rigaud, président de l’association de prévention en alcoologie et addictologie, s’insurge à nouveau contre la nouvelle campagne de promotion de Outox, boisson présentée comme « accélérant la baisse naturelle du taux d’alcool ».

« L’EFFICACITÉ de cette boisson contre l’alcool s’apparente à celle du shampooing qui fait repousser les cheveux, à la crème qui fait diminuer le tour de taille durant votre sommeil ou au ballon qui rentre tout seul dans le but ! » Alain Rigaud, docteur marnais et président de l’association de prévention en alcoologie et addictologie, préfère manier la dérision pour dénoncer la nouvelle campagne de communication entourant Outox. Le Châlonnais ne remet pas en cause la boisson, « ce n’est pas un poison, la DGCCRF et l’ANSES n’ont donc aucune raison de l’interdire », mais il peste contre les propriétés que la communication qui entoure Outox lui attribue.
Présentée le mois dernier par ses concepteurs comme une boisson « permettant une baisse sensible à importante du taux d’alcool dans le sang », Outox s’était attiré les foudres de la communauté scientifique et du secrétaire d’État au Commerce et à la Consommation, Hervé Novelli. Un mois après, Outox revient avec une nouvelle communication indiquant désormais qu’elle « permet bien d’accélérer la baisse naturelle du taux d’alcool » et se prévaut du feu vert de la Direction de la consommation (DGCCRF).
Effet « variable d’un jour à l’autre »
« Oui, une dose massive de fructose (l’un des composants de Outox) peut faire baisser de 5 à 10 % l’alcoolémie mais ce n’est pas significatif », rétorque Alain Rigaud. « Si c’était le cas, le fructose serait alors reconnu comme un médicament. »
Sachant que le taux d’alcoolémie chez l’humain baisse naturellement de 0,15 g par heure après la fin de la consommation, « Outox se garde bien de donner des chiffres quant à son action favorisant la baisse d’alcoolémie… »
Quant à la DGCCRF, en attendant un communiqué du ministre, elle vient mettre un bémol : « On n’a rien explicitement autorisé », tout en expliquant au site Rue 89 que « les allégations santé nous posent moins de problèmes ». Et la direction de la consommation d’expliquer que « des messages de prévention ont été ajoutés », « qu’un dossier reconnaissant les effets du fructose a été déposé » et que l’ANSES, ancienne Agence française de sécurité sanitaire des aliments, a été sollicitée pour réaliser « une expertise de l’étude sur les effets du produit »…
Les précautions prises, via des astérisques, par les fabricants, expliquant que l’effet de Outox est « variable suivant les individus, leur poids, leur âge, leur sexe, leur état de santé et d’un jour à l’autre », semblent livrer un premier élément de réponse.
Tout cela serait presque risible si cette boisson, jouant sur le buzz, n’instillait pas la tentation de se livrer à des comportements à risques. « Ce marketing joue sur les croyances et l’espérance des gens qui en tirent un sentiment de fausse sécurité », reproche le docteur Rigaud. « Le fabricant rétorque que ce n’est pas sa volonté, mais il joue avec le feu. »
Frédéric GOUIS


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